Pierre Lapaque, représentant de l’office des nations unies contre la drogue et le crime pour l’Afrique de l’ouest et du centre (Unodc) :

Dans le rapport 2012 de l’Onu sur la criminalité transnationale organisée en Afrique de l’ouest, il ressort que l’espace ouest africain n’est plus une simple plaque tournante de la drogue, mais un véritable laboratoire. Pour en parler Pierre Lapaque, représentant de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime organisé pour l’Afrique de l’ouest et du centre(UNODC) était l’invité Afrique-soir le 25 février 2013 sur RFI.
RFI : A la lecture de ce rapport, l’Afrique de l’ouest serait devenue un espace de tous les trafiques ?
Pierre Lapaque : Ce rapport donne surtout une vision plus récente des problématiques qui touchent l’Afrique de l’ouest. Il y a de la métanphitamine, la cocaïne, l’héroïne. Il y a aussi le trafique des armes, des migrants, des médicaments frauduleux etc. Nous avons maintenant une vision un peu plus claire. Et ça nous permet surtout de déterminer sur cette base des stratégies qui doivent être développées avec nos partenaires en Afrique de l’ouest pour essayer d’être le plus efficace possible.
Alors, arrêtons-nous un instant sur la guerre au Mali. Est-ce que cette guerre ne risque pas, aujourd’hui, de déstabiliser un peu plus la sous région ouest africaine ?
Bien sûr, cette guerre a automatiquement un impact direct sur la sous région. Mais, le Mali doit être vue comme une partie des problèmes qui touchent la bande sahélienne. Du Tchad jusqu’à la Mauritanie. Parce que si on se contente d’un seul pays, on fait ce qu’on appelle un effet d’annonce. C’est-à-dire, dès qu’on renforce quelque part, on va affaiblir autre part.
Dans cette zone sahélienne pullulent aujourd’hui toute sorte de trafiques. Et généralement, les gros bonnets ont la couverture des politiques. Que faire ?
Il nous faut automatiquement, sur la bande sahélienne, renforcer la justice criminelle dans son ensemble. C'est-à-dire depuis l’investigation jusqu’au jugement. Que ce soit en matière de criminalité organisée que le blanchissement des avoirs criminels. Tout ça commence par le renseignement d’ordre criminel qui doit être traité en même que tout le reste. Mais, ce rapport met en exergue des routes, des tendances. Par exemples une des tendances les plus inquiétante qu’on a vue apparaitre ces dernières années est l’émergence de plus en plus claire du trafique du métanphitamine et de la production de métanphitamine au Nigéria et dans les pays qui sont limitrophes. Cette trafique à lieu à partir de cette zone vers les pays d’Asie du Sud Est où se trouve le plus gros marché de consommateur. Il faut savoir, par exemple, qu’un kilogramme de métanphitamine vaut 20 mille dollars quand il quitte l’Afrique de l’ouest. Le même kilogramme de la même pureté quand il arrive à Tokyo vaut 200 mille dollars
En claire, l’Afrique de l’ouest est devenue également un pole de fabrication de la drogue ?
Bien sûr, de la vision ancienne, si vous voulez, de pays de transite est complètement obsolète. L’Afrique de l’ouest est devenue, aujourd’hui et à la fois une zone de production et de consommation. Maintenant, nous avons l’Afrique de l’ouest qui a toujours été une zone de production de cannabis, et aussi devenu une zone de production de métanphitamine. En plus, c’est une zone de consommation du crak-cocaïne, de la métanphétamine, de l’héroïne. Mais également une zone de transité de tous ces produits. Donc, si vous voulez, c’est une problématique où tout est fusionné.
L’Afrique de l’Ouest, comme le souligne le rapport est donc devenu un espace de tous les types de réseaux maffieux ?
Tous les types de réseaux. Il faut comprendre que les groupes criminels ont une approche de plus en plus économique du crime. C'est-à-dire qu’ils vont chercher les crimes qui les permettent de dégager les profits les plus importants avec les risques les plus faibles. Donc, en permanence, les groupes criminels ajustent leurs activités criminelles pour essayer de chercher des niches criminelles.
Est-ce à dire que des groupes comme Bokoharam ou les jihadistes trouvent leur sources de financement dans ce trafique ?
Si vous me demandez, est-ce qu’il y a des interpellations, des arrestations des jihadistes avec de la cocaïne en provenance de la bande côtière ? Je vous dirai à ce jour non ! Ça ne veut pas dire, pour autant, dans un milieu désertique où il est quasiment impossible de savoir qu’est-ce qui se passe, et où ça se passe, que ce n’est pas déjà passé ou que ça ne se passe pas au moment où nous parlons. Il faut bien comprendre que toute la bande sahélienne est un immense désert qui est quasiment incontrôlable. Où toutes les possibilités existent. Soit vous avez des groupes criminels qui laissent passer des chargements de drogue. Quelque soit le type de drogue et qui reçoivent des compensations financière pour ça. Soit, carrément, on peut estimer que certains peuvent même les escorter même les trafiqués eux même. Pour l’instant, si vous me demander si j’ai des preuves de ça, je vous dirai que, jusqu’à ce jour, nous n’avons eu aucun. Des groupes jihadistes ou terroristes arrêtés avec des chargements de drogue.
Est-ce que l’Afrique centrale est à l’abri de ces trafiques ?
Non, bien sûr. L’Afrique centrale n’est pas certainement à l’abri de ces trafiques. L’Afrique centrale est aussi fragile que l’Afrique de l’ouest. Donc, il est évident que, dans le cadre de cette approche entrepreneuriale ou économique des groupes criminels, dès qu’ils sentiront qu’on va renforcer les moyens de lutte en Afrique de l’ouest, ils ne manqueront pas d’aller vers l’Afrique centrale. Si ce n’est pas déjà le cas. En permanence, vous avez des groupes criminels qui vont chercher les maillons les plus faibles pour faire passe leur contrebande par ces endroits…
Abdoulaye Ouattara (Source RFI)

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