Mécontentements dans les camps militaires : Marches des épouses des militaires

A Bamako et un peu partout dans les casernes à travers le pays, il est reproché à la hiérarchie militaire d’envoyer des troupes combattre l’ennemi sans les doter d’équipements nécessaires à l’accomplissement de leur mission.

Les nombreuses pertes en vies humaines enregistrées par l’armée au front ont été imputées à l’équipement primaire à sa disposition. Selon les manifestants, les moyens dont disposent les rebelles face à l’armée malienne seraient de loin sans comparaison et rendraient les combats très déséquilibrés. Restées longtemps sans informations sur la situation de leurs conjoints militaires, de leurs fils ou de leurs frères au front dont certains sont probablement décédés, les femmes des camps ont décidé de battre le pavé et de ne s’arrêter que dans le palais présidentiel, pour aller dire leurs quatre vérités au chef suprême des armées, le Président Amadou Toumani Touré.
Ce mouvement d’humeur qui a commencé depuis le lundi 30 janvier, a réuni le mardi 31, des femmes du camp de Kati et leurs enfants. Ces femmes désemparées ont marché de Kati, destination Koulouba, sur une distance de plus de quinze kilomètre, pour protester contre l’insécurité au Nord-Mali et surtout le déficit d’équipements de l’armée malienne face à l’ennemi.
Cette manifestation a mobilisé plus de 500 personnes. Les marcheurs ont posé des barricades de cailloux et brûlé des pneus sur la route. Les marcheurs étaient suivis par un véhicule militaire pick-up, transportant une dizaine de militaires visiblement pour protéger ces « mamans et sœurs en cas de menace».
La marche est partie de la ville de Kati, est passée par le centre émetteur de l’Office radio télévision et diffusion du Mali (ORTM), cherchant à atteindre le palais présidentiel. Leur message : arrêter l’assassinat de leurs maris et leurs enfants par les rebelles au nord du Mali. C’est à quelques deux kilomètres du palais de Koulouba, au niveau du carrefour du point G que la marche a été interrompue par un cordon de gardes et de policiers qui ont bloqué le passage, pour les empêcher d’arriver au palais présidentiel.

C’est en ce moment qu’est arrivé sur les lieux, le ministre de la Défense et des anciens combattants, Natié Pléah, pour leur demander de s’organiser à déléguer des représentants en vue d’une audience qu’il leur accorde pour le jeudi prochain. Le chef d’Etat major, le Général Gabriel Poudiougou, aussi étaient sur les lieux. Selon nos sources, des mouvements de ce genre ont été observés à l’intérieur du pays.

A Bamako ce mercredi, des domiciles et entreprises appartenant à des touaregs ont été saccagés. Le soir, le Président ATT suite au soulèvement des femmes des camps s’est adressé à la Nation avec comme message clé: « L’Etat mobilisera tous les moyens aux plans de l’équipement, de la logistique et de l’entretien».

Deux évènements majeurs, tous consécutifs aux affrontements sanglants entre l’armée malienne et la rébellion, ont suscité le discours à la Nation du Président Amadou Toumani Touré. Il s’agit du soulèvement des femmes des camps et le saccage des propriétés de certains touareg, arabes ou maures, vivant à Bamako, que certains ont assimilés à la rébellion.

Le Président Amadou Toumani Touré a invité « l’ensemble de nos compatriotes à garder le sens de la fraternité qui nous a toujours caractérisés, à éviter le piège de la confusion et de l’amalgame pour ne pas faire le jeu de ceux qui ont choisi de troubler la quiétude de notre pays ». ATT a ainsi convié les Maliens à savoir faire la part des choses, en évitant de confondre ceux qui ont attaqué certaines casernes militaires et localités au Nord, avec nos autres compatriotes Touareg, Arabes, Songhoï, Peulh, qui ont choisi la République, la loyauté et qui ont les mêmes droits et les mêmes aspirations que nous à vivre en paix.

Cette journée de mercredi 1er février a été marquée dans certains quartiers de Bamako par des saccages tous azimuts. ATT a rappelé que le Mali était fait de Noir et de Blanc et que «cette diversité est une force et une richesse que nous devons préserver à tout prix ». Selon le chef de l’Etat, au Mali, on n’a plus besoin de prendre des armes pour se faire entendre, la démocratie offrant toutes les voies d’expression à tout citoyen. « Je condamne fermement les atrocités commises à Aguel’hoc, et salue le comportement héroïque et professionnel des Forces Armées et de Sécurité qui, au prix du sacrifice ultime, ont accompli leur mission de protection des populations », a déclaré le Président de la République. Il a présenté ses condoléances les plus attristées à leurs familles endeuillées. « Je voudrais dire aux parents, épouses, frères et sœurs et aux enfants des soldats tombés sur le champ de l’honneur que leur deuil est celui de la Nation tout entière qui sera éternellement reconnaissante, et se tiendra à leurs côtés », a indiqué le Président.

ATT a réaffirmé son soutien indéfectible aux Forces Armées et de Sécurité pour leur engagement sur le terrain. « L’Etat mobilisera tous les moyens aux plans de l’équipement, de la logistique et de l’entretien pour leur permettre d’accomplir efficacement leur mission de préservation de l’intégrité territoriale et de protection des personnes et de leurs biens ».
B. Daou
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